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Usufruitier et nu-propriétaire : qui garde quoi, qui paie quoi

Usufruitier et nu-propriétaire : qui garde quoi, qui paie quoi

Choisir entre la nue-propriété et l'usufruit, c'est choisir entre aujourd'hui et demain : l'usufruitier garde le droit d'occuper le bien et d'en percevoir les revenus, le nu-propriétaire détient la valeur des murs et devient plein propriétaire sans impôt. Une donation de nue-propriété transmet donc un patrimoine à moindre coût.

Usufruitier ou nu-propriétaire, en quatre points

  • L'usufruit donne l'usage et les revenus du bien, jamais le droit de le vendre en pleine propriété seul.
  • La nue-propriété donne les murs, sans revenu ni jouissance, jusqu'à l'extinction de l'usufruit.
  • Le fisc répartit la valeur entre les deux droits selon un barème légal fondé sur les années de son titulaire.
  • À l'extinction de l'usufruit, le nu-propriétaire récupère la pleine propriété sans droits de succession supplémentaires.

Le démembrement de propriété découpe un même bien immobilier en deux droits détenus par deux personnes différentes. Il naît le plus souvent d'une donation entre parents et enfants, d'une succession où un conjoint survivant reçoit l'usufruit, ou d'un achat immobilier en nue-propriété auprès d'un promoteur. Avant toute démarche, la première question reste celle de la valeur du bien en pleine propriété, puisque chaque droit se calcule en pourcentage de cette valeur : les facteurs qui pèsent sur une estimation immobilière conditionnent donc le montant taxé.

Quelle différence entre usufruit et nue-propriété ?

L'usufruit et la nue-propriété se distinguent par ce que chacun permet de faire du bien. Le Code civil définit l'usufruit comme le droit de jouir des choses dont un autre a la propriété, comme le propriétaire lui-même, à charge d'en conserver la substance (article 578). En pratique, son titulaire peut utiliser le bien, l'occuper, le louer et percevoir les revenus qu'il produit : loyers, intérêts, récoltes.

La nue-propriété correspond à ce qui reste de la propriété une fois l'usufruit retiré : le droit de disposer du bien. Le nu-propriétaire en détient le titre, peut céder sa nue-propriété ou la transmettre, mais il ne peut ni occuper les lieux ni toucher le moindre loyer tant que dure l'usufruit. Réunis dans une seule personne, ces deux droits reconstituent la pleine propriété, celle que détient tout propriétaire ordinaire.

Les juristes résument souvent cette division par trois termes latins. L'usus désigne le droit d'usage, le fructus le droit de percevoir les fruits, l'abusus le droit de disposer. Le titulaire de l'usufruit réunit les deux premiers, le nu-propriétaire conserve le troisième. Cette répartition explique toute la suite : qui décide, qui paie, qui touche, et qui hérite de quoi à la fin de l'usufruit.

Usufruitier et nu-propriétaire, critère par critère

La comparaison entre nue-propriété et usufruit tient en une série de critères concrets, ceux qui comptent au moment de signer l'acte. Le tableau suivant reprend les règles fixées par le Code civil et rappelées par le site Service Public (fiche consultée en octobre 2026).

CritèreUsufruitierNu-propriétaire
Occuper les lieuxOuiNon
Louer et toucher les loyersOui (bail commercial ou rural : accord du nu-propriétaire)Non
Céder son propre droitOui, sans accordOui, sans accord
Vendre la pleine propriétéAvec l'autre titulaireAvec l'autre titulaire
Réparations d'entretienOuiNon
Gros œuvre (murs, toiture, poutres)Non, sauf défaut d'entretienOui
Taxe foncière et IFIOuiNon, en principe
Sort à l'extinctionLe droit disparaîtPleine propriété, sans impôt

Le verdict découle de cette grille. L'usufruit convient à la personne qui a besoin du bien maintenant, pour s'y loger ou pour en tirer un revenu. La nue-propriété convient à celle qui peut attendre et cherche à recevoir ou à constituer un patrimoine qui prendra toute sa valeur plus tard.

Qui paie quoi entre usufruitier et nu-propriétaire ?

Entre usufruitier et nu-propriétaire, le partage des dépenses suit la logique de l'usage. L'usufruitier assume les réparations d'entretien, celles qu'appelle la vie courante du logement : peinture, plomberie, chaudière, menues réfections. Les grosses réparations restent à la charge du nu-propriétaire, sauf si un entretien négligé les a provoquées (article 605 du Code civil). L'article 606 en donne la liste : gros murs, voûtes, rétablissement des poutres et des couvertures entières, murs de soutènement et de clôture.

La fiscalité locale pèse aussi sur le bénéficiaire de l'usufruit. Service Public précise que la taxe foncière s'établit à son nom, et que l'impôt sur la fortune immobilière le concerne lorsque son patrimoine dépasse le seuil d'imposition : il déclare en principe la valeur du bien en pleine propriété. Les revenus locatifs entrent dans sa déclaration d'impôt sur le revenu, pas dans celle du nu-propriétaire.

En copropriété, la répartition se règle souvent par une convention notariée, car le syndic adresse les appels de fonds sans toujours distinguer travaux d'entretien et gros œuvre. Une clause claire évite les conflits de famille au moment du ravalement ou de la réfection de la toiture. Cette convention peut aussi prévoir qui vote en assemblée générale pour chaque catégorie de décision.

Combien vaut chaque droit selon le barème fiscal ?

Le barème fiscal de l'article 669 du Code général des impôts fixe la valeur de l'usufruit et celle de la nue-propriété en pourcentage de la pleine propriété. Ce barème, qui a été fixé par la loi de finances pour 2004 et reste en vigueur en 2026 selon Légifrance, dépend uniquement des années du bénéficiaire de l'usufruit au jour de la donation ou de la succession. Plus il est jeune, plus son usufruit vaut cher, et moins la nue-propriété transmise pèse lourd.

Usufruitier âgé deValeur de l'usufruitValeur de la nue-propriété
Moins de 21 ans révolus90 %10 %
Moins de 31 ans révolus80 %20 %
Moins de 41 ans révolus70 %30 %
Moins de 51 ans révolus60 %40 %
Moins de 61 ans révolus50 %50 %
Moins de 71 ans révolus40 %60 %
Moins de 81 ans révolus30 %70 %
Moins de 91 ans révolus20 %80 %
Plus de 91 ans révolus10 %90 %

Prenons un exemple : une mère de 67 ans donne la nue-propriété de sa maison à ses deux enfants et garde l'usufruit. La donation porte sur 60 % de la valeur du bien, et non sur sa totalité ; chaque enfant est taxé sur la moitié de ces 60 %, après application de l'abattement en ligne directe, renouvelable tous les quinze ans. Si la même mère attend ses 82 ans, la nue-propriété représente 80 % de la valeur : donner tôt allège donc l'assiette taxable. Le simulateur de Service Public aide à vérifier ce calcul, et un legs de nue-propriété par testament suit le même barème.

Un usufruit temporaire, consenti pour une durée fixe, obéit à une autre règle. Il vaut 23 % de la valeur de la pleine propriété par période de dix ans, sans fraction pour une période incomplète, quel que soit son bénéficiaire. Ce mécanisme sert surtout aux montages patrimoniaux avec une société, une fondation ou des SCPI.

Comment fonctionne la donation de nue-propriété ?

La donation de la nue-propriété avec réserve d'usufruit consiste, pour un parent, à transmettre les murs à ses enfants tout en conservant l'usage du bien et ses revenus. Le donateur continue d'occuper les lieux ou de percevoir les loyers jusqu'à la fin de sa vie ; les enfants deviennent nus-propriétaires immédiatement, et les droits de donation ne portent que sur la valeur de la nue-propriété, calculée selon le barème.

Le second avantage tient à l'article 1133 du CGI : la réunion de l'usufruit à la nue-propriété, à la mort du bénéficiaire ou au terme fixé, ne donne ouverture à aucun impôt ou taxe. Les enfants récupèrent donc la pleine propriété sans payer de droits de succession sur la part qui correspondait à l'usufruit. Toute la valeur gagnée par le bien entre la donation et le décès leur revient également sans taxation supplémentaire.

L'acte passe obligatoirement devant un office notarial, avec des frais d'acte et des frais de publicité foncière calculés sur la valeur transmise : un coût à intégrer dès le départ. Il doit respecter la réserve héréditaire : un parent ne peut pas avantager un enfant au-delà de la quotité disponible sans exposer la donation à une action en réduction lors de la succession. Une donation-partage, qui fige la valeur des lots au jour de l'acte, limite les contestations entre héritiers et convient aux familles qui comptent plusieurs enfants.

Usufruit ou nue-propriété : le bon choix selon votre profil

La préférence entre usufruit et nue-propriété dépend moins du bien que de la personne et de son objectif. Trois profils reviennent dans la pratique notariale en France, chacun avec une réponse nette.

Le parent qui prépare la transmission de son patrimoine

Un parent qui prépare la transmission de son patrimoine a intérêt à garder l'usufruit et à donner la nue-propriété. Il conserve son toit ou ses revenus, réduit l'assiette des droits grâce au barème, et ses enfants récupèrent la pleine propriété sans nouvel impôt. Le démembrement s'applique aussi à un contrat d'assurance vie, par une clause bénéficiaire démembrée, ou au capital d'une société civile immobilière.

L'investisseur qui n'a pas besoin de revenus

Un investisseur qui n'a pas besoin de revenus immédiats peut investir dans la seule nue-propriété d'un appartement neuf, avec un usufruit cédé pour quinze à vingt ans à un bailleur, souvent social. Il paie le bien avec une décote, n'a ni locataire ni gestion locative, ne déclare aucun loyer et sort en principe ce bien de son assiette d'IFI. Cet achat immobilier vise surtout les foyers déjà lourdement imposés, qui ne veulent pas de revenus fonciers supplémentaires. À l'inverse, celui qui cherche un rendement immédiat se tournera vers l'investissement locatif classique et ses loyers mensuels, ou vers l'usufruit temporaire de SCPI.

Le conjoint survivant

Le conjoint survivant reçoit souvent l'usufruit sans l'avoir choisi. Lorsque tous les enfants sont communs au couple, l'article 757 du Code civil lui ouvre une option entre la totalité de la succession en usufruit et le quart en pleine propriété. L'usufruit lui garantit le maintien dans le logement familial et les revenus des biens ; le quart en pleine propriété lui laisse une liberté de disposition, utile s'il prévoit de déménager.

Comment se termine l'usufruit ?

L'usufruit prend fin, le plus souvent, à la mort de son titulaire : un usufruit viager ne se transmet pas aux héritiers, sauf clause de réversion prévue dans l'acte au profit d'un conjoint. Service Public liste les autres causes d'extinction : arrivée du terme fixé, réunion des deux droits sur une seule tête, non-usage pendant trente ans, renonciation, perte totale du bien ou abus de jouissance constaté par un juge. Un usufruit accordé à une personne morale ne peut dépasser trente ans.

À la fin de l'usufruit, le bien revient au nu-propriétaire dans l'état où il se trouve, et les comptes se règlent entre les parties. Aucune indemnité ne rémunère les travaux d'amélioration financés par l'occupant, un point à connaître avant d'engager de gros travaux d'embellissement.

Les deux titulaires peuvent aussi mettre fin au démembrement d'un commun accord, en cédant ensemble la pleine propriété. Le prix se répartit alors selon le barème ou selon une valeur économique convenue entre eux, avec l'aide d'un expert si besoin. Pour une cession sans agence, les étapes pour vendre un immobilier de particulier à particulier restent les mêmes, avec deux signataires au lieu d'un.

Les limites de chaque option à connaître avant de signer

L'usufruit impose des contraintes souvent sous-estimées. Le titulaire de l'usufruit ne peut pas céder le bien seul, ni l'hypothéquer en pleine propriété, ni signer des baux commerciaux ou ruraux sans le feu vert du nu-propriétaire. Pour un parent qui voudrait plus tard financer une maison de retraite par la vente de sa maison, ce blocage pèse lourd : il dépend alors du consentement de ses enfants.

La nue-propriété a ses propres angles morts. Le nu-propriétaire attend parfois des décennies, ne perçoit aucun revenu et doit financer les grosses réparations d'un bien dont il ne profite pas. Si l'occupant néglige l'entretien, le recours passe souvent par le juge, au prix d'un conflit familial. Sur des sommes d'argent, l'usufruit devient un quasi-usufruit : le bénéficiaire dépense les fonds et laisse une dette de restitution à sa succession, ce qui suppose une convention écrite pour protéger les nus-propriétaires.

Le droit fiscal évolue enfin chaque année avec la loi de finances. Les règles décrites ici reflètent l'état des textes consultés sur Légifrance et Service Public en octobre 2026 ; avant de signer, il vaut la peine de suivre l'actualité fiscale et de demander un conseil et un calcul chiffré sur la situation exacte de la famille.

Réversion, quasi-usufruit, vente du bien démembré

Le nu-propriétaire peut-il occuper le bien ?

Le nu-propriétaire ne peut pas occuper le bien tant que l'usufruit existe, sauf si le titulaire de l'usufruit lui consent un bail ou un prêt à usage. À défaut, l'occupation porte atteinte à son droit.

L'usufruitier peut-il vendre son usufruit ?

Le titulaire peut céder ou donner son usufruit sans l'accord du nu-propriétaire, selon Service Public. L'acquéreur ne reçoit toutefois qu'un droit limité à la vie du titulaire initial, qui disparaît avec lui.

Que se passe-t-il si le nu-propriétaire décède avant l'usufruitier ?

Si le nu-propriétaire décède avant l'usufruitier, sa nue-propriété entre dans sa propre succession et passe à ses héritiers. L'usufruit continue de courir, et son titulaire conserve l'usage du bien jusqu'à la fin de sa vie.

Peut-on démembrer un bien déjà loué ?

Un bien déjà loué peut faire l'objet d'un démembrement : le bail en cours continue, et les loyers reviennent à l'usufruitier à compter de l'acte. Le locataire en est informé, mais son contrat ne change pas.

Pour vérifier ces informations, la fiche utile de Service Public sur les droits de l'usufruitier et l'article 669 du CGI sur Légifrance font foi.

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